Salons de coiffure : 3 coiffeuses témoignent de leur nouvelle réalité

C’est avec beaucoup de bonheur que plusieurs d'entre nous sont retournées au salon de coiffure dans les dernières semaines. Les photos de jolies nouvelles têtes se sont multipliées sur mon feed récemment d'ailleurs! 

Le fait de ressentir le besoin d’immortaliser ça en photo ne fait que marquer la signification du moment; le long confinement a fait réaliser à beaucoup de monde l’importance des salons de coiffure, ainsi que le rôle des coiffeurs, stylistes et coloristes de nous faire sentir bien.

Avec toutes les nouvelles mesures en place par contre, la réouverture des salons n’est vraiment pas un retour à la normale pour les coiffeuses et coiffeurs. Protection, ajustement des services, désinfection constante, possibilité de prendre moins de clients… La situation n’est particulièrement pas évidente dans cette industrie.

Des coiffeuses se sont ouvertes à nous et témoignent de leur expérience post-confinement jusqu'à maintenant.

L’importance des mesures sanitaires

Shutterstock/nai Huizi

Est-ce que toutes ces protections, comme le masque et la visière, sont exagérées? Certaines personnes croient que oui. Cela dit, ces mesures sont ce qui permet aux salons de rouvrir en protégeant tout le monde, employés comme clients.

Il y a quelques semaines, je vous avais parlé d’un cas au Missouri où deux coiffeurs d’un même salon atteints de la COVID-19 avaient travaillé quand même pendant quelques jours, tout en exposant plus de 140 clients à la maladie...! Eh bien, le développement de cette histoire est assez étonnant et clair : tous les clients ont été mis en quarantaine et suivis pour voir s’ils allaient présenter des symptômes. Environ le tiers sont également aller se faire tester, de manière préventive. Au bout des 14 jours après l’exposition, AUCUN n’avait développé la maladie et tous les tests étaient négatifs. Aucun. Comme dans zéro personne malade.  

Pourquoi? C’est simple : tout le monde, autant les coiffeurs que les clients, PORTAIENT UN MASQUE. Sans ça, disons que la situation aurait pu avoir des conséquences beaucoup plus dramatiques.

Témoignages de coiffeuses-stylistes d'ici

Shutterstock/Egoitz Bengoetxea

D., qui travaille dans la région de Québec et souhaite demeurer anonyme, a trouvé son retour au travail excessivement pénible. Durant une journée normale pré-COVID, elle était habituée de prendre autour de 16 client(e)s. Alors qu’elle pratique ce métier depuis de nombreuses années et « qu’elle n’est vraiment pas du genre à se plaindre pour rien », lors de sa première journée de retour, elle a fermé le salon avant la fin et est retournée chez elle en larmes. Elle avait à peine réussi à passer 4 clientes et « n’avait jamais été aussi découragée de sa vie ». S’habituer tout d’un coup à l’équipement de protection demandé par son employeur (masque, visière, gants et blouse), surveiller chacun de ses gestes, tout désinfecter entre chaque personne… C’était « comme un gros choc ».

Elle est toutefois retournée le lendemain et a apporté quelques ajustements, par exemple changer la visière pour des lunettes de protection, qu’elle trouve un peu moins pénible à porter. Elle ne souhaite pas laisser tomber ses clients et c’est pourquoi elle est de retour au poste, mais elle trouve encore ça « vraiment difficile. L’équipement n’est pas agréable à porter. Sans compter la chaleur qu’on vit présentement, plus la chaleur des séchoirs et des fers à friser… » Elle a réussi à augmenter sa cadence à 8 clients par jour, ce qui signifie pour elle « beaucoup plus de travail pour la moitié moins d’argent ».

Isabelle Gratton, qui travaille sur la Rive-Nord de Montréal, va dans le même sens. Elle affirme qu’elle « commence à s’habituer », une semaine après son retour au travail. « Les lunettes de protection et le masque, c’est l’enfer… Tout est plus long : le client arrive, se lave les mains et passe au lavabo. Je lui lave les cheveux puis il va s’asseoir pendant que je désinfecte le lavabo. Leur masque rend quand même le travail un peu plus difficile. Après je désinfecte la chaise, la table, mes outils… Il faut aussi désinfecter la toilette chaque fois que quelqu’un y va. Je change mon masque 4 à 5 fois par jour parce que j’ai tellement chaud! Tout devient humide en plus. Même en temps normal, c’est chaud : il y a des panneaux en plexiglass pour séparer chaque chaise et l’air climatisé ne passe pas au travers. Alors en temps de canicule, on étouffe carrément ».

Par contre, le message principal qu’Isabelle veut véhiculer est vraiment positif : « Malgré tout ça, je suis tellement contente de travailler et de revoir enfin mes clientes! Tout ça n’y change rien, j’adore mon métier! »

La coopération des clients demandée

Shutterstock/Yulyazolotko

Stéphanie Lamarche, qui tient son propre salon sur la Rive-Sud de Montréal, trouve quant à elle que le plus difficile, est ceci : « Beaucoup de gens ne comprennent pas que leur rendez-vous peut seulement aller à dans quelques semaines… La plupart voudrait qu’on puisse les prendre tout de suite. » Elle demande la patience de ses clients : elle a prolongé ses heures d'ouverture, ouvert son salon le lundi et prend ses messages pour donner des rendez-vous tous les jours, plusieurs fois par jour, même lorsqu’elle est en congé (pas évident, puisqu’elle est jeune maman). Mais la réalité est qu’elle est aux prises avec à la fois un volume de rendez-vous beaucoup plus important que d’habitude ainsi que l’impossibilité de prendre autant de rendez-vous dans une journée qu'avant. 

Elle demande à tous les clients de porter un masque dans le salon et elle en distribue même à l’entrée. Mais elle avoue également être surprise du fait que plusieurs personnes ne s’en souciaient pas à prime abord : « Pourtant, on est vraiment proches pendant longtemps, alors je ne les trouve pas très stressées! »

Et vous, êtes-vous allées chez la coiffeuse depuis la réouverture des salons de coiffure? Pour ma part, ce sera dans quelques semaines. Quand j’ai pris mon rendez-vous il y a un mois, je lui ai dit que je n’étais pas ultra-pressée (j’ai juste besoin d’une petite coupe - les mèches et le toner peuvent attendre) et qu’elle pouvait me passer après ses clients « plus en urgence ». Comme par exemple les hommes qui après 3-4 mois ont toute une tignasse sur la tête, ou encore les femmes qui n’en peuvent juste plus de voir leur repousse de cheveux gris dans le miroir! 

Mais malgré le risque et le fait que ça ne me dérangeait pas d’attendre, j’avoue que j’ai hâte.