Vivre son adolescence en pleine pandémie : 7 ados se confient

Ils sont forts, intelligents, parfois troublés, mais tout aussi forts que résilients. Les jeunes vivant leur adolescence en cette période de pandémie en ont des choses à dire : sur leur quotidien, leurs amitiés, leur parcours scolaire et leurs plans d’avenir bouleversés. Sept d’entre eux ont accepté de se confier sur ce qui les trouble, leur manque, les inquiète et leur fait du bien.    

Je n’ose imaginer comment je me serais sentie si mon bal de finissants m’avait, jadis, été enlevé. C’est pourtant ce qui est arrivé à Marie-Laurence Julien-Morasse, Jérémie Paquet, Étienne Bélanger et Dérek Pelletier l’an dernier, en pleine première vague de la pandémie.

« On va le reprendre », lance l’optimiste Jérémie, 17 ans, lorsqu’on aborde ce bal manqué. « On ne nous a pas encore remboursés, car on nous a dit que ce serait repris l’an prochain ». 

« Nous, on a eu un semblant de bal », ajoute Étienne aussi âgé de 17 ans. « On est allé chercher notre album en habit de bal, mais ce n’était vraiment pas pareil ».

La déception de Marie-Laurence est aussi palpable : « J’ai raté ma remise de diplôme et mon bal. Pour moi, mon secondaire ne sera jamais fini tout à fait. Mon école n’a rien fait. On a eu une signature d’album, puis c’est tout ». Heureusement, elle et ses amies ont pu organiser un « faux bal » et un « faux après-bal » cet été, dans la cour de sa meilleure amie avec traiteur, photographe, amis et parents. Elle a donc pu porter cette superbe robe bleue achetée depuis longtemps pour le grand jour.

Vivre son adolescence en pleine pandémie : 7 ados se confient Marie-Laurence

Marie-Laurence

Le quatuor, qui se soutient virtuellement pendant la pandémie depuis qu’ils ont créé une sorte de chat regroupant des gamers, semble tissé serré. Même s’ils ne se sont rencontrés qu’une seule fois en personne, ils sont unis par ces longues discussions en ligne leur permettant d’avoir un semblant de vie sociale et, surtout, de repousser la solitude.   

« Lors de la première vague, j’étais au lac Saint-Jean avec mes amis », confie Jérémie. « Puis un peu avant la deuxième vague, je suis déménagé pour aller au cégep où je ne connaissais personne. J’ai trouvé ça quand même dur, car c’était difficile de me faire des amis pendant la pandémie. Le fait de n’avoir presque pas de cours en présence n’aide pas, disons ».

Vivre son adolescence en pleine pandémie : 7 ados se confient Jérémie

Jérémie

« Le groupe qu’on a créé en ligne, c’est vraiment cela qui nous aide beaucoup », ajoute-t-il. « On se parle en vidéo, on se sent moins seul ».

Le fait de continuer à travailler chez McDonald's a permis à Étienne de voir un peu de monde. « Par contre, j’ai l’impression de seulement travailler et étudier en ligne », dit-il. « C’est le social qui me manque le plus de ma vie d’avant. L’école même, aussi, où on devrait être en train de rencontrer du monde ».

Vivre son adolescence en pleine pandémie : 7 ados se confient Étienne

Étienne

Même son de cloche pour Derek, 17 ans, qui a vu sa motivation piquer du nez pendant la pandémie : « Au début, j’étais tellement perdu. Je n’avais aucune motivation à mon arrivée au cégep. Les cours en ligne et ne plus voir personne, ne plus avoir de vie sociale, c’est difficile et démotivant. Là, j’ai besoin d’une pause ».

Vivre son adolescence en pleine pandémie : 7 ados se confient Derek

Derek

« C’est vraiment difficile de se concentrer pour suivre les cours en ligne », renchérit Jérémie. « Et les seuls cours ou examens qu’on a en "présentiel", on doit garder le masque et le groupe est divisé en deux ».

Vient s’ajouter à tout cela, la crainte de ne pas pouvoir fêter leurs 18 ans dans un bar, tel que le veut la tradition. Et les inquiétudes face à l’avenir.

« En ce moment, je suis beaucoup trop perdue face à l’avenir ». dit Marie-Laurence. « C’est une question que je me pose chaque jour, mais je ne sais jamais quoi répondre. Ne plus avoir de contacts physiques avec les gens autour de moi est quelque chose que je trouve extrêmement dur. Je m’ennuie beaucoup de faire des câlins à mes amis. Il y a aussi l’école en ligne qui est atroce. Ma concentration n’a jamais été la meilleure, mais cette année, les cours sont vraiment trop durs à suivre en ligne ». 

Le positif dans tout cela? La jeune femme dit avoir fait un grand travail sur elle-même depuis le début de tout cela. « J’ai passé beaucoup de temps à travailler sur moi », dit-elle. « J’ai réussi à remonter mon estime et ma confiance en moi. Bref, j’ai beaucoup travaillé sur moi. Et voir mes amis en vidéo m’aide vraiment. Ça me rend heureuse dans ma journée et je me sens un peu moins seule ».

Une adolescence chamboulée

L’arrêt complet des activités sportives a aussi grandement affecté les ados habitués de bouger. C’est le cas des soeurs Gabrielle et Florence Nault, 15 ans, et de Camille Demers, 16 ans et en 5e secondaire.  

« Ce qui a changé le plus est le nombre d’interactions sociales que j’avais chaque jour avec mes amies et mes coéquipières de danse », dit Florence. « Pour moi, ce qui est le plus difficile est d’essayer de voir le bon côté des choses, autant par rapport à l’école qu’à mon sport, la danse ».

Vivre son adolescence en pleine pandémie : 7 ados se confient Florence

Florence

« Je ne peux plus voir mes amies comme avant, ma danse est arrêtée, mes compétitions sont annulées et mon école est moitié en ligne moitié en présence », déclare Gabrielle. « Ma vie complète a un peu été chamboulée ». À 15 ans, elle confie avoir l’impression de passer à côté de « tous les moments marquants de mon adolescence; mon premier amour, les partys, les sorties le soir… ». C’est donc de la colère qu’elle ressent le plus souvent envers cette situation qu’elle ne peut rien faire pour améliorer.  

Vivre son adolescence en pleine pandémie : 7 ados se confient Gabrielle

Gabrielle

« Ce qui me manque le plus, c’est d’avoir le droit de faire ce que je voulais sans me soucier des contacts physiques de mon masque, me laver les mains », explique Camille, qui est aussi inquiète concernant les Fêtes qui approchent. « Je pouvais aller dormir chez des gens, faire des fêtes, voir ma famille, mes voisins, aller au restaurant, aller au cinéma, faire des sports d’équipe, manger à la cafétéria avec qui je veux et non en groupe de classe... Je faisais plus de sports avant, là je ne bouge pas tant. Mes plans après l’école ont changé aussi, j’avais l’habitude de chiller avec mes amies après les cours et maintenant, on rentre toutes chez nous immédiatement après ».

« J’ai l’impression que notre bal de finissant pourrait être annulé et je pense qu’on a besoin d’un bal pour clôturer notre passage de l’école secondaire au cégep », ajoute-t-elle. « Si on ne peut pas en avoir un, on aura raté quelque chose de gros. Je m’inquiète un peu pour l’apprentissage en ligne au cégep, j’aimerais qu’on puisse y assister en vrai. Ça serait vraiment déprimant de faire de l’école en ligne à plein temps. J’espère juste qu’on retrouvera un quotidien plus normal pour la prochaine année ».

Vivre son adolescence en pleine pandémie : 7 ados se confient Camille

Camille

C’est en continuant à faire des choses qu’elle aime qu’elle arrive à garder sourire et motivation, elle qui n’avait « aucun problème à passer du temps seule » en début de pandémie, mais qui après quelques semaines, a commencé à ressentir le besoin de socialiser avec d’autres gens que les membres de sa famille : « Je fais du dessin, je m’occupe avec mes devoirs et j’attends des nouvelles positives à propos de la COVID. Il n’y a pas grand-chose à faire de plus, car on est beaucoup moins libre qu’avant ».

En 4e secondaire, Florence - qui écoute beaucoup de musique pour se changer les idées - se fait bien sage. « Je ne pense pas que je rate des moments importants. En effet, je pense qu’ils sont simplement reportés à plus tard. Évidemment, ces moments seront différents qu’à l’habitude, mais cela ne veut pas nécessairement dire qu’ils seront ratés en raison de la pandémie ». Elle avoue toutefois être inquiète pour l’avenir : « J’ai l’impression que je serais en désavantage par rapport aux autres promotions. Par contre, je me rassure en me disant que nous sommes tous dans le même bateau ».

Gabrielle, sa sœur jumelle, vit des émotions similaires : « Oui, j’ai peur que la situation, un jour sur deux, affecte mes notes et mon avenir. C’est quelque chose qui me stresse énormément. J’ai hâte à la fin de l’année, car ça a été une année difficile pour tous, et j’ai hâte de pouvoir passer à une prochaine ».

En attendant la fin de l’année, elle continue, comme avant, de danser. Chez elle oui, mais elle danse toujours.