Et si les anxieux avaient raison?

Pour le vivre plutôt souvent, l’anxiété, ce n’est pas très agréable. C’est non seulement drainant mentalement, mais il y a tout un côté « physique » à ça aussi, que je ne suis pas certaine que les gens comprennent bien. Ça devient épuisant, point. Parfois, je n'ai rien fait de ma journée, mais j'ai l'impression d'avoir couru un marathon.

Sauf que tout ça, c’est correct. Je suis tellement habituée; j’ai peu connu la vie sans anxiété pour être bien franche, même si celle-ci fluctue selon les périodes. Et puis, plus ou moins consciemment, j’en suis venue à développer plein de trucs et j’ai organisé ma vie pour minimiser mon anxiété le plus possible. Ainsi, j’arrive à bien me gérer, même en ce moment si incertain de pandémie de COVID-19.

Ce que je trouve le plus difficile par contre, c’est la manière dont les gens réagissent aux différentes formes et expressions d'anxiété des autres, dont la mienne. On parle plus d’anxiété maintenant (et je considère que c’est un peu comme ma mission de démystifier ça) qu’il y a aussi peu que 5 ans en arrière, mais c’est encore loin d’être bien compris et accepté par la majorité des gens. 

Exprimer un sentiment anxieux, ça rend les gens inconfortables, c’est clair. C’est compréhensible, mais en ce moment, ce n’est pas la bonne réaction.

Personne anxieuse

fizkes/Shutterstock

La réponse générale face à l’anxiété

Dans les dernières semaines, face au coronavirus, les réseaux sociaux sont devenus le principal moyen de communication entre les gens et on y voit (encore plus que d’habitude) le meilleur comme le pire

Entre les dénonciations de ses voisins, le déni persistant, les articles intelligents, les magnifiques exemples de solidarité, les memes pour rire des autres et les fake news, il y a aussi beaucoup d’expression d’anxiété. 

 

Et beaucoup, beaucoup de réponses négatives à cette expression. Par exemple :

« T'es donc bien alarmiste »

« Pourquoi imaginer le pire? »

« Tu n’as aucune raison d’être anxieux(se), ça ne te touche pas personnellement »

« Wow, tu es vraiment encourageant(e) toi! » (dit de manière sarcastique, évidemment)

« Faut pas capoter avec ça! »

« Ce n'est pas parce que tu ressens de l'anxiété qu’il y a un danger imminent »

« Si tu es si anxieux(se), va chercher de l’aide » (...au lieu de nous déranger avec ça)

Je pense que c’est ce dernier message qui symbolise le plus l’attitude générale que je ressens : exprimer son anxiété est une nuisance pour les autres, même si ces derniers ne la ressentent pas.

fille anxieuse téléphone

Antonio Guillem/Shutterstock

L’anxiété en temps normal

À la base, on va se le dire, l’anxiété est un désavantage. Peut-être pas une maladie, mais certainement un trouble ou un problème.

Un trouble anxieux se produit quand le système se dérègle et perçoit beaucoup trop de choses comme un danger ou une menace. Des événements inoffensifs, des risques en réalité pratiquement inexistants, des conséquences potentielles pourtant très peu graves... L'anxiété est irrationnelle. 

Les personnes anxieuses ne désirent pas réagir comme ça, elles n’y peuvent rien et ne sont surtout pas rassurées lorsqu'elles se font dire « arrête de t’en faire »

Alors oui, dans la vie de tous les jours, je comprends le réflexe de considérer qu’il n’est pas nécessaire d’écouter les messages anxieux.

...Mais en temps de crise, c’est différent

Voici par contre ce que je pense, que peu de gens comprennent : l’anxiété a une mission vitale, soit celle d’assurer la survie de l’espèce.

Durant toute l’évolution de l’être humain, l’anxiété a été un mécanisme fondamental et c’est pourquoi ce trait a persisté jusqu'à aujourd'hui. Pendant des millénaires (et jusqu’à pas si longtemps d'ailleurs), les humains faisaient constamment face à des dangers très importants. Les personnes anxieuses, qui étaient beaucoup plus sensibles et perceptives que les autres, se rendaient compte de ces dangers avant les autres et pouvaient ainsi les alerter, les aider à se préparer et à se défendre.

Ne pas écouter les personnes anxieuses, ça voulait probablement dire s’exposer à la mort, ni plus ni moins.

Et même si la situation avec la COVID-19 ne peut pas se comparer à l’attaque d’une tribu par un gros prédateur, pensez-y quand même. Si on enlève le contexte de nos vies ultra-stressées qui ont rendu ce trait problématique, l'anxiété ne gâche pas des vies, mais sert plutôt à en sauver.

se laver les mains

kasarp studio/Shutterstock

On vit exactement le genre de situation où on ne devrait pas rejeter du revers de la main les messages anxieux.

Leur fonction vitale est la même; c’est juste que nous ne sommes plus habitués à prendre ces messages au sérieux, étant donné que nous percevons désormais l’anxiété comme étant dommageable plutôt qu’utile. 

L'anxiété, inutile? En ce moment, rien n’est moins vrai. Surtout quand les messages anxieux sont pas mal similaires à ceux véhiculés par TOUS les experts de cette pandémie.

Mon idée ici n’est pas de faire paniquer personne, mais plutôt d’arriver à trouver une zone entre « être paralysé soi-même par la panique » et « refuser de comprendre toute la gravité de la situation, parce qu’on n’a pas envie que ce soit si alarmant ».

Je crois moi aussi qu’ultimement, ça va bien aller. J’ai un arc-en-ciel sur ma porte et chaque fois que je vais courir, je les compte dans le quartier; ça me fait du bien. Ça ne veut pas dire que l’arc-en-ciel doit être le seul message qui prend toute la place, juste parce que c’est difficile, décourageant ou inconfortable d’assimiler le reste.

Marie-Ève Laforte

Alors voici mon petit conseil : en temps de crise, écoutez donc les personnes anxieuses pour une fois.

En cette période si particulière, aussi étrange que ça puisse paraître, ce sont probablement elles qui sont la voix de la raison.

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