Je me suis fait ghoster par une de mes plus vieilles amies et ça fait mal

Même si je considère que je fonctionne vraiment bien (pour une personne autiste, mais même en général), je dois dire qu’il y a un aspect important de la vie que je n’ai jamais réussi à maîtriser complètement : l’amitié.

Il y a quelques temps, j’ai réalisé qu’une de mes plus vieilles amies d’enfance m’avait ghosté. Tout à coup, je ne suis plus parmi ses amis/abonnés sur les réseaux sociaux, elle ne commente plus du tout ce que je fais, elle ne répond pas quand j’essaie de l’appeler ou de la texter, même pour son anniversaire... (Ironie suprême : elle est encore amie avec MA MÈRE, qui me donne donc de ses nouvelles par la bande).

Femme au téléphone

Motortion Films/Shutterstock

Ça fait un bout de temps que je suis assise sur ça, à me demander ce que ça me fait. Et la réponse, c’est que ça me fait vraiment mal. Bon, il faut dire qu’elle et moi n’étions plus vraiment proches, que comme dans bien des cas, la vie nous avait graduellement éloignées l'une de l'autre. Ça arrive. Mais cette fois-ci, ça fesse.

Parce que même si au quotidien on n’avait presque plus rien en commun, on avait quand même un passé ensemble. Tellement de choses vécues. Un attachement spécial relié au fait d’avoir partagé tant d'expériences durant des années si importantes de nos vies.

J’en ai parlé à quelques personnes autour de moi et elles m’ont toutes dit que ça avait probablement plus à voir avec elle que quelque chose que j’avais réellement fait (ou pas fait). Et j’espère qu’elle se sent bien dans ce geste parce que moi, je le trouve violent.

Est-ce que je nous voyais un jour redevenir aussi proches que nous l’avions déjà été? Ben non. Alors en pratique, ça ne change rien. Mais jamais moi je n'aurais pris la décision de couper les ponts. J’aurais été parfaitement satisfaite d’une relation presque inexistante, mais quand même maintenue en vie, simplement en voyant ce que l’autre fait sur Facebook par exemple.

Femme seule et triste

Shutterstock/Farknot Architect

Souvent, je me demande ce qui l’a poussé à faire ça. Comment elle se sentait par rapport à notre amitié? À moi? J’essaie de revoir chacun de mes gestes, de mes paroles, de mes attitudes. Et je prends certainement une part du blâme… Parce que je réalise que je suis loin d’avoir été l’amie dont elle avait besoin. Une personne qui appelle souvent, qui dit oui quand elle veut spontanément aller prendre un verre à 21h un jeudi soir, qui planifie du temps ensemble.

Je comprends donc par son silence que je n’ai pas été à la hauteur de ses attentes. Et il y a bien des choses que je regrette. Parce que je sais que l’amitié demande des efforts et de l’entretien, comme n’importe quelle autre relation humaine… Sauf qu’en même temps, je ne peux qu’être moi-même

Et mon diagnostic d’autisme m’a permis de faire la paix avec qui je suis, même si ça ne cadre pas avec ce que les gens souhaitent. C’est-à-dire une personne qui déteste pour mourir de parler au téléphone, qui n’est tout simplement pas capable de faire du magasinage comme activité sociale, qui a peu d’énergie le soir en général et qui n’arrive pas à fonctionner à moins de se coucher tôt.

Je suis aussi quelqu'un pour qui les situations de party avec de l’alcool, de la musique forte, de la danse, des gens que je ne connais pas bien, etc., sont souvent un cauchemar intense plutôt qu’une occasion joyeuse.

Et je le reconnais maintenant, à mesure que les responsabilités (et l’anxiété) se sont ajoutées dans ma vie, j'ai réagi pendant plusieurs années en me repliant de plus en plus sur mon petit monde au lieu de me tourner vers les autres, comme j’aurais dû.

Femme triste image vectorielle

Cosmaa/Shutterstock

Est-ce que ça aurait pu changer quelque chose si j’avais osé lui parler et lui expliquer tout cela?

Comme par exemple que ce n’est pas seulement elle que je n’appelais pas pour donner des nouvelles, mais que c’était un trait de ma personnalité lié à mes petits défis au niveau social, qui s’appliquait à tout le monde dans ma vie (et qui est grandement facilité aujourd’hui par les réseaux sociaux et les textos).

Que si parfois (trop souvent?) je refusais une occasion à laquelle elle m’invitait, ce n’était pas parce que je ne voulais pas la voir, mais bien parce que je ne me sentais pas en mesure de faire face à la situation.

Je suis super chanceuse dans la vie : j’ai toujours été bien entourée (c’est faux d’ailleurs de croire que les autistes n’ont pas d’amis, mais c’est vrai qu’ils peuvent avoir plus de mal à réussir leurs amitiés) et je ne me suis jamais sentie seule. J’ai le bonheur d’avoir des gens qui tiennent à moi, même s’ils ne me comprennent pas toujours; disons que le fait de ne pas pouvoir « être de party » n'est pas un trait facile à assumer dans notre société...

Mais je réalise aussi que mes meilleures amies sont celles qui ont des attentes plus souples envers moi, ou du moins qui comprennent que j’ai parfois des réactions un peu différentes et qui me prennent comme je suis. M’être fait ghoster par une personne aussi importante continue de me rendre triste, mais je me console au moins en me rappelant cela...