Faire le deuil d’un bébé qui n’a existé que dans mon coeur

Nos deux corps avaient opéré leur plus belle magie. Une étincelle avait choisi mon ventre pour maison et elle brillait si fort qu’elle reflétait dans mes yeux et dans ceux de papa. On était heureux, excités par cette nouvelle aventure qui devait être la plus belle et la plus grande à ce jour. Mon cœur voulait exploser d’amour, j’étais déjà maman depuis la seconde où mes yeux ont aperçu les deux lignes sur le bâton.

Les jours se sont écoulés, on a passé des heures a parlé de prénoms et de décoration de chambre de bébé. On analysait le meilleur plan pour les semaines de congé de papa et on imaginait déjà notre vie à trois. La grandeur de nos rêves dépassait largement l’espace que ce miracle occupait dans mon corps.

Jessica Bessette et son conjoint

Catherine Giroux

Mais quand les choses se sont compliquées, j’ai vite compris que tous nos désirs et projets ne suffiraient pas à le garder parmi nous. J’ai commencé à avoir des saignements et j’ai appris que notre étincelle avait décidé de s’éteindre...

J’ai eu mal physiquement et psychologiquement, blessée par l’absence de cette toute petite vie qui me laissait un si grand vide. La vie m’avait enlevé plus qu’un bébé, elle m’avait arraché mon titre de maman et avait gribouillé tous les portraits de famille que j’avais imaginés.

J’ai du faire le deuil d’un bébé qui n’a existé que dans notre cœur et notre imagination. Je ne perdais rien de tangible et je quittais une relation qui n’avait pas eu le temps de se développer. Toute cette eau coulait de mes yeux comme pour me rappeler qu’elle ne remplirait pas mon ventre.   

deuil bébé

Mary Long/Shutterstock

Puis le temps a passé. Le vide laissé par son départ fut tranquillement remplacé par de doux souvenirs des semaines où nous préparions son arrivée. Nos rires, notre certitude de vouloir devenir parents et notre fierté d’avoir traversé cette épreuve ensemble ont pris toute cette place laissée par son absence. L’espoir est revenu peu à peu remplir notre coeur.

J’ai aujourd’hui deux filles merveilleuses, mais j’ai aussi porté et aimé deux petites étincelles qui ont choisi de garder leur brillance et leur magie juste pour moi.

J’ai deux bébés que je n’ai jamais eu la chance de bercer et ils auront infiniment une place dans mon cœur et dans notre famille. Parce que peu importe la durée de leur passage dans notre vie, je suis leur maman.  

Jess et ses filles