Je suis autiste et je vis (relativement) bien avec ça

Apprendre qu’on est autiste à l’âge adulte, ça change bien des choses. Mais c’est à la fois une bénédiction, pour de vrai.

J’ai déjà écrit là-dessus (ici et ici), mais je me rends compte que quand les gens m’en parlent, j’ai toujours encore plus de choses à dire. Et ces choses, je vous les dis ici!

Je suis convaincue qu’il n’y a pas moins d’autistes femmes...

...Mais plutôt que, jusqu’à tout dernièrement, on était moins sensibles à leurs particularités qu’à celles des gars.

Je trouve ça dommage parce qu’un diagnostic plus hâtif pourrait probablement aider beaucoup de filles qui, comme moi, se sont toujours senties différentes, mais ne savaient pas comment l'expliquer, rejetant donc tout le blâme de leurs difficultés sur elles-mêmes.

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

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Les autistes peuvent avoir de l’empathie.

J’en ai définitivement plein! Mais je dirais que mon empathie n’est pas tout le temps « typique », non plus.

Il y a plusieurs années, j’ai été tellement touchée par une histoire lue dans un magazine américain (une maman qui racontait le quotidien de son petit garçon qui avait le cancer) que j’avais vraiment du mal à continuer de fonctionner. Il fallait que je fasse quelque chose. Alors j’ai trouvé leur adresse à New York et je leur ai envoyé une lettre d’encouragement. Un beau geste oui, mais probablement aussi extrême un peu (croyez-le ou non, on est encore en contact aujourd’hui). 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

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Les autistes peuvent être émotifs.

Dans le super témoignage qu’a fait Louis T. l’an passé, une des choses qui m’ont marquées est qu’il disait que dans sa vie, il avait à peu près juste 3 émotions. Et je trouvais ça super qu’il parle de sa réalité, mais je me disais aussi qu’il faudrait vraiment que plus d’autistes prennent la parole – et particulièrement des femmes – pour montrer qu’il y a une grande diversité de voix là-dedans, aussi.

Moi, j’ai 2 934 émotions… et elles se déclinent dans une palette de couleurs et de demi-tons à la fois ultra-riches et pleins de subtilités!

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

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Les autistes ne sont pas tous des nerds.

Ce n'est pas qu’il y ait quelque chose de mal à tripper sur des trucs cools comme la science ou la technologie, au contraire! Mais encore une fois, il n’y a pas de stéréotype là-dedans.

Il y aurait en effet 3 grands types de fonctionnement du cerveau chez les autistes de haut niveau et/ou les Asperger : ceux qui pensent « en images », ceux qui pensent en « patterns » et ceux qui sont des « spécialistes des mots ». J’appartiens clairement à la 3ecatégorie. On peut être autiste et littéraire, autiste et créative!

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

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Je suis un peu obsessive… mais j’ai réussi à ce que ça devienne un avantage.

Quand je m’intéresse à quelque chose, je ne pense qu’à ça. J’apprends tout ce que je peux là-dessus, je n’ai pas le choix de devenir une experte.

C’est le cas par exemple pour la mode et la beauté, qui me passionnent depuis toujours! J’ai développé mon propre sens du style largement par observation et en faisant des recoupements.

D'ailleurs, je pense sincèrement que ça me permet d’écrire des articles avec de la valeur ajoutée, à la fois parce que j’aime faire beaucoup de recherche, que je suis facilement capable d’établir le contexte et que j’ai développé une facilité à faire des liens.

Sincèrement, qui aurait cru que ce qui m’aiderait le plus dans mon métier aujourd'hui ne serait pas tant ce que j’ai appris à l’école, mais plutôt ce que je faisais entre les cours dès que j’avais une minute : lire des magazines!

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

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Les autistes peuvent trouver l’amour.

Ça fait 14 ans que je suis avec mon chum. On est loin d’être parfaits comme couple; c’est dur pour lui des fois, entre autres parce que je n’ai pas autant besoin du contact des autres qu’une personne neurotypique, je crois. Cela dit, c’est quand même « la vraie affaire ».

Au départ, contrairement à tous les autres gars, mon « petit côté bizarre » ne le rendait pas perplexe; c’était même une bonne chose pour lui que je sois différente!

Il m’aide souvent à replacer des situations, par exemple à me faire rendre compte que finalement, telle personne n’était pas fâchée contre moi comme je le croyais.

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

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C’est vrai que j’ai de la misère à regarder les autres dans les yeux.

Je dois constamment me rappeler de le faire, mais c’est dur quand même. Voulez-vous que je vous dise pourquoi? Regarder quelqu’un dans les yeux, pour moi, c’est vraiment intense. C’est comme trop. C’est comme si ça me donne un petit choc électrique!

Le faire avec des proches que je connais bien c’est une chose, mais avec les gens at large, c’est un gros défi.

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

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Le plus gros défi de ma vie sera toujours l’anxiété.

Le psy qui m’a diagnostiqué il y a quelques années me l’a répété comme une genre de prophétie qui m’est toujours restée en tête : je dois faire tout ce que je peux pour empêcher mon anxiété de prendre le dessus.

Avec le temps, je me suis rendue compte que j’avais pas mal tout organisé ma vie autour de ça, pour me permettre d’y faire face. Entre autres : travailler à partir de la maison comme pigiste!