Combattre un cancer en pleine crise de la COVID-19

Ma tante d’amour est malade. On a reçu la nouvelle pendant le temps des Fêtes : cancer des poumons et métastase sur une vertèbre. Ma tante préférée est désormais malade en plein milieu d’une pandémie.

« C’est parce que c’est toi et que je t’aime », qu’elle m’a dit en acceptant de me raconter sa nouvelle routine de patiente - et surtout de battante - à l’ère de la COVID-19.

Le double du stress

« Je suis obligée d’aller au CRIC (Centre régional intégré de cancérologie de l’Hôtel-Dieu de Lévis) aux trois semaines pour des prises de sang et pour un traitement d’immunothérapie, car la chimiothérapie n’est pas ce qui est recommandé dans mon cas », me raconte-t-elle. « Être obligée d’aller là, c’est stressant en temps normal, alors en ce moment, ça l’est encore plus ».

Si le CRIC se trouve à une dizaine de minutes de chez elle, c’est en voiture qu’elle s’y rend pour le moment, ne pouvant pas se permettre de tomber sur la glace. C’est son conjoint qui va la reconduire. Celui qui est toujours là pour elle et qui, avant tout cela, se faisait un devoir d’entrer avec elle pour lui tenir la main entre la prise de sang et la rencontre avec l’oncologue.

Désormais, c’est seule qu’elle doit patienter pendant une heure, son amoureux ne pouvant plus venir avec elle pendant cette « période de cochonnerie ». « C’est encore du stress », dit celle qui a dépoussiéré des livres depuis longtemps mis de côté pour l’aider à passer le temps dans la salle d’attente.  

« Ce virus, je ne peux pas me permettre de l’attraper », ajoute celle chez qui j’ai passé mes plus beaux étés d’enfance. « Mes poumons sont complètement voilés, car mon système immunitaire ne fonctionne pas comme il faut. Non, je ne peux pas me permettre d’avoir cela ».

femme seule salle d'attente

wavebreakmedia/Shutterstock

À l’entrée du centre de cancérologie, les règles sont très strictes : lavage des mains obligatoire, questions nombreuses et rigides des gardiens de sécurité (Que faites-vous là? Qui allez-vous voir? Avez-vous rencontré quelqu’un ayant voyagé dernièrement?, etc.), vérifications des cartes d’identité de l’hôpital…

« La même agente s’y trouve depuis décembre. Elle est super sympathique, tout le monde l’aime ». Petit baume sur nos deux cœurs.

« Ce sont de belles grandes salles d’attente, mais à tous les deux sièges, il y en a un de barré pour garder une distance », explique-t-elle. « Tu regardes cela et c’est encore plus stressant. Tu réalises encore plus à quel point tout cela est réel ».

Autre bonne nouvelle : dans son cas, les traitements d’immunothérapie peuvent être légèrement décalés afin de lui permettre d’espacer les visites à l’hôpital. « Ils veulent éviter de faire sortir les gens qui ont des cancers pour rien, ne pas les mettre en contact pour rien. Pour moi, c’est un stress de moins ».

Elle se cache la bouche avec un foulard quand elle sort et explique que, de façon plutôt surprenante, les gens discutent entre eux dans la salle d’attente. « Il y a des gens qui ont des traitements plus fréquents pendant la semaine, ils se voient et discutent. Les gens communiquent quand même; ils vont parler de la pluie et du beau temps plus que de leurs traitements. Les gens ne parlent pas vraiment, non plus, du virus ».

Le médecin lui, en parle avec ses patients. À ma tante, il a pris soin d’expliquer pourquoi dans son cas, il était possible d’espacer les rendez-vous, comment cela allait fonctionner et il a pris le temps de lui demander comment elle se sentait dans tout cela.

Des ressources sont aussi disponibles pour les gens comme elle. Ma tante peut poser ses questions à son infirmière pivot et discuter avec des psychologues, qui sont aussi présents pour son conjoint. Un travailleur social leur téléphone aussi chaque semaine.

« Ils nous parlent de ce maudit virus-là, de comment on vit cela et des façons dont mon conjoint peut m’aider dans tout cela. Il y a des ressources et dans notre cas, c’est vraiment apprécié ».

couple solidaire

fizkes/Shutterstock

De petites choses qui font du bien

« Dans la maison, il y a des fois où j’ai l’air d’une vraie folle! », poursuit-elle en riant. « Quand mon conjoint revient avec l’épicerie - car je n’y vais pas - j’ai des gants et je nettoie tout. Tout cela est inquiétant et fatigant. »

Le fait de ne pas pouvoir voir ses petits-enfants en personne est aussi bien difficile pour la grand-maman de 6 petites (et grandes) merveilles. « Je les vois par vidéo, oui, mais ce n’est pas la même chose. Je ne peux pas les tenir dans mes bras », dit-elle la voix cassée. « Une chance qu’on a la technologie, tu peux garder le contact avec tout le monde et mes filles peuvent garder l’œil sur leur mère. Et je ne peux pas leur en passer, car elles me voient la face », ajoute-t-elle en souriant à travers l’écran.

Ma tante me demande si j’ai lu, dans le journal du matin, l’article de cette journaliste qui parlait de la COVID-19 en racontant que se savoir atteint du virus était comme l’annonce d’un cancer. « C’est vrai ce qu’elle écrit », explique celle qui ne manque aucun des points de presse quotidiens de Monsieur Legault. « C’est ça, c’est réel » .

Elle peut aussi se permettre de faire de petites marches. En fait, son oncologue lui recommande de sortir marcher 3 fois par semaine. Heureusement, dans sa région, « personne ne se tient proche », les gens suivent les recommandations. 

La sœur de mon papa s’oblige à faire son lit et à s’habiller tous les matins. De petites choses toutes simples ancrant ses pieds dans le réel et lui faisant du bien.

« Si j’essaie de garder cela le plus normal possible, ça va être plus facile », confie-t-elle. « Parce que sinon, on déprime. Même si on est confiné, il faut que ça continue comme avant ».

Entre deux nouvelles qui la font rire dans sa lecture du moment (Condescendance et poignées d’amour), elle s’adonne à la peinture sur soie. Bien installée dans une pièce de sa demeure, il y a certains jours où elle passe la soirée à peindre. Et si l’exposition d’avril à laquelle elle devait participer a été annulée, elle continue de peindre pour se détendre.

Et pour s’évader.

femme qui peint

Diego Cervo/Shutterstock

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