Je suis célibataire et non, je n'ai pas besoin d'être sauvée.

Je ne t’apprends assurément rien en affirmant que les célibataires sont dévalorisés en société depuis un cristi d’boute. C’est bien connu; la recette du bonheur réside dans le fait de vivre son quotidien avec quelqu’un/une, d’avoir une vie sexuelle épanouie avec cette même personne, d’accepter de partager son matelas et son frigidaire, de se commettre aux compromis (lire : aller aux pommes), de diviser les paiements d’hypothèque et ultimement, de multiplier la progéniture.

Si vous ne cadrez pas dans ce schéma, shame on you. Bien que cette énumération soit teintée de sarcasme, la réalité n’en est malheureusement pas très loin…

Ironiquement, lorsque Montréal et Québec sont passées en zones rouges, les célibataires habitant seuls se sont vus accorder un privilège (woohoo, on s’peut pu!) : l’autorisation d’inviter chez soi un seul visiteur. Ami, amant, fréquentation, entre les deux... Tant que ça soit la même personne. Et puis, du jour au lendemain, une seule question brûlait toutes les lèvres : et toi, qui sera ton crush de confinement?

Une question si simple exigeait évidemment une réponse complexe. Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué?

Alors, c’est qui l’élu(e)?

« Hein, t’as pas de crush? Quoi, t’es bien dans ta solitude? Ish. T’as un problème. »

Dans le premier confinement, tout le monde était dans le même bateau. En couple ou non, la consigne était claire : tu restes chez vous. Et puis à la deuxième vague, on a trouvé ça sensé de catégoriser les relations permises selon le statut matrimonial.

Bon, je suis consciente que ce ne sont pas toutes les personnes vivant seules qui sont bien avec la solitude et qu’avoir une présence à ses côtés peut nettement alléger le quotidien. C’est vrai qu’échanger en personne ça fait toute la différence. J’ai d’ailleurs souligné à quel point ça m’avait affecté dans mon article sur l’anxiété en confinement.  

Je suis célibataire et non, je ne suis pas misérable.

Mais pourtant…

Être célibataire et être bien ainsi, c’est un peu comme être la populace sur le Titanic (bateau, Titanic, me suis-tu?) : la trajectoire Southampton à New York reste la même qui que tu sois, mais comment dire, l’histoire raconte que ça finit pas d’la même façon pour tout le monde!

Comme si le fait de ne pas avoir de fréquentation ou d’apprécier sa solitude te catégorisait automatiquement en 3e classe (l’analogie finit pu…je suis désolée). Comme si être célibataire et habiter seul par le fait même, c’était un acte courageux. Comme si la pression sociale d’être en couple n’était pas assez ancrée dans notre société et qu’il fallait la marteler une fois de plus, avec un privilège tombé des nues.

Il y avait sûrement de bonnes intentions derrière ce privilège. Je me questionne simplement sur la pression sociale/charge mentale que cette décision a exacerbée.

Il faut souligner que dans l’imaginaire collectif, on portrait les célibataires comme des personnes seules, tristes, qui entretiennent peu de relations sociales et qui sont plus ou moins impliquées dans la société. Non mais c’est vrai, il doit nécessairement y avoir une raison pour justifier ce célibat; des problèmes pas réglés, des attentes trop élevées, une orientation sexuelle inavouée, etc.

Je suis célibataire et non, je ne suis pas misérable.

Surprise, surprise!

Et bien selon une étude américaine menée par Bella DePaulo, psychologue et professeure à l’Université de Santa Barbara en Californie, être célibataire par choix rendrait plus heureux que d’être en couple. Les célibataires auraient une meilleure vie sociale, une vie qui a plus de sens et d’authenticité.

Donc est-ce qu’on pourrait arrêter de vouloir « sauver » les célibataires? Par sauver je veux dire, est-ce qu'on peut arrêter de vouloir les matcher comme si leur vie en dépendait, et cesser de leur demander à tout vent - avec un ton méprisant en prime : « Pis toi, la pandémie toute seule, pas trop difficile? ».

Je suis célibataire et non, je ne suis pas misérable.

Un effet domino

Pas facile cette double pression sociale envers les célibataires. Surtout quand la vie continue, malgré tout, pour les gens qui sont en couple : grossesses, mariages, achats de maison... Petit train va loin comme on dit. Le timing était là, c’est tout à fait compréhensible. Je ne peux qu’être emballée pour toutes ces bonnes nouvelles de mon entourage, sincèrement!

Toutefois, même avec toute l’assurance et la paix d’esprit qu'on ressent lorsqu'on décide de se choisir, c’est difficile d’être intouchable face à cette constante pression sociale et à notre vie qui semble s’être mise sur pause.

Je sais, je sais, à chacun son rythme. Direction is much more important than speed, many are going nowhere fast. Ça sert strictement à rien de se comparer aux autres, chaque personne a son parcours personnel et vit des expériences différentes, c’est un fait. Bien que ce soit humain de se comparer, ce biais inconscient finit par être malsain.

Je suis célibataire et non, je ne suis pas misérable.

Un breakdown plus tard…

Y’a des jours où tu feel autonome et accomplie, puis y’en a d’autres où t’es moins optimiste. Comme y’a des jours où tu combines toque sale, hoodie et bas orphelins, puis y’en a d’autres où tu réponds à l’appel de la coquetterie. Tout est une question d’équilibre.

Je me rappelle de la soirée où je me suis mise à brailler en faisant la vaisselle, sans aucune raison apparente. Un mélange d’accumulation et de découragement face à l’incertitude, j’imagine. J’y repense et j’en ris. La typique Bridget Jones avec sa crème glacée.  

Y suffisait que j’en braille une shot pour changer mon fusil d’épaule. Je sais que c’est cliché au boute comme façon de voir les choses, mais ça dédramatise tellement de se dire que dans 10 ans, cette période ne sera qu’un bref souvenir, qu’une simple phase qu’on revisitera avec un brin de nostalgie.

D’ici ce moment, je me suis dit que j’allais vivre au maximum cette période, pleine de rebondissements. Que j’allais embrasser le fait d’être une célibataire assumée, confinée. Je suis loin d’être à plaindre, je suis même très choyée sur tellement d’aspects. Ben oui, faut relativiser des fois, tsé.

Je suis célibataire et non, je ne suis pas misérable.

En résumé, c’est ben correct d’être une célibataire sans crush et de se sentir complexée à ses heures. La vie, c’est pas un long fleuve tranquille, we got this.  

Photos : Liane Fauchon