On peut-tu arrêter de parler du poids des femmes svp?

J’ai déjà parlé de poids et de grossophobie, mais aujourd’hui, je vais le faire de manière plus personnelle. J'avais envie de vous jaser que parler du poids ou des caractéristiques physiques des femmes (des gens), c’est non!

Petite mise en contexte

Dernièrement je me suis retrouvée avec des gens que je venais juste de rencontrer, assise devant un repas. Et dans ce temps-là, même si je déteste attirer l’attention là-dessus, je n’ai pas trop le choix d’expliquer pourquoi il y a plusieurs aliments que je ne mange pas… Alors je leur ai dit que j’étais céliaque. 

Parenthèse : je suis en fait « probablement céliaque », mais ça arrive que je dise ça, juste parce que la vraie version est awkward et longue à expliquer à des inconnus. La voici: je n’aurais pas dû arrêter de manger du gluten avant d’être officiellement diagnostiquée, mais j’étais juste plus capable d’attendre. Et une fois que j’ai arrêté, ça a TELLEMENT été mieux sur tous les points que je n’ai aucune envie pour l’instant de recommencer à en manger pour passer au travers du processus diagnostic…

Beaucoup de gens me disent : « Mais fais-le! Comme ça, au moins tu vas être certaine ». Mais même si j’adorais le pain avant, je ne suis plus au stade d’en profiter; chaque fois que j’en mangerais serait un calvaire. Et je n'en ai simplement pas la force, quand je me rappelle à quel point ça me rendait malade, comment ça contribuait à mon anxiété et combien c'est long avant que mon système se remette.

Et puis au final, ça ne changera pas grand-chose : même si je ne suis pas céliaque, j’ai quand même une TRÈS grosse intolérance et je sais que je ne pourrais fort probablement plus jamais manger de gluten de toute façon.

 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Je continue à en faire (j’aime trop ça), mais j’ai pas mal fait mon deuil: je ne mangerai probablement plus jamais de « vrai » pain de ma vie. 😔 Après avoir confirmé que j’ai bien la mutation d’un gène directement lié à la maladie céliaque, je suis encore en réflexion... Est-ce que je recommence à manger deux grosses portions de gluten quotidiennement pendant 8 à 12 semaines (alors qu’ingérer des traces me rend MALADE pendant des jours) pour confirmer le diagnostic? Ça fait 9 mois que j’ai arrêté, et mon système commence à peine à se remettre! Ça m’apparaît encore insurmontable comme défi, alors pour l’instant j’attends... Et je fais « comme si » je l’étais. Ho -et ma recette de bretzels géants est dans les archives sur Le Tablier du dimanche! Profitez-en pour moi. 🥨 | Bread. One of the things I loved most, which I’ll probably never eat again in my life. At least still *baking* it satisfies me somewhat. #pretzels #softpretzels #fromscratch #homebaker #maybeceliac #mtlfoodie

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Le commentaire qui tue

Bref, quand j’ai dit ça, une fille a immédiatement répondu : « Ah mais c’est pour ÇA que tu es mince! Il faut bien qu’il y ait des avantages! »

Je suis simplement restée sans voix. 

Premièrement, parce que… VRAIMENT? Euh, être céliaque ce n’est pas exactement une partie de plaisir. Est-ce que ça aurait été acceptable de dire ça à propos de n’importe quelle autre maladie? Et que je le sois ou pas, disons que ça ne me serait JAMAIS venu à l’esprit de considérer ça comme un avantage. C’est plutôt le contraire : je ferais n’importe quoi, je paierais n’importe quel prix pour pouvoir manger normalement à nouveau, pour ne pas me casser la tête chaque jour avec ça.

Deuxièmement, parce qu’il y avait vraiment un espèce de soulagement dans son ton. Comme si ça pouvait donner une raison à mon poids ou ma minceur. Ce genre de commentaire me fait vraiment spinner le cerveau parce que je me mets à me poser toutes sortes de questions : « Mais pourquoi est-ce qu’elle a besoin d’expliquer mon poids? », « Est-ce que c’est parce qu’elle compare le sien au mien? », « Qu’est-ce que mon poids lui inspire? », « Est-ce que j’ai l’air « malade? ».

La réalité en passant, c’est que j’ai plus ou moins le même poids depuis la fin de mon adolescence. Au plus fort de mes problèmes digestifs, j’ai bien perdu quelques livres, mais je vais mieux et mon corps a repris sa normalité depuis. Ce n’est donc pas la maladie céliaque qui détermine mon poids du tout!

Troisièmement, parce que je ne sais pas si les gens pensent que c’est un compliment, mais chaque fois qu’on me fait remarquer que je suis mince, tout ce que je ressens, c’est une honte profonde. Pour plein de raisons. Parce que je n’ai pas de mérite à ça. Parce que j’ai plein de femmes autour de moi qui sont plus rondes et qui vivent des situations pas l’fun à cause de ça. Parce que j'ai peur qu'elles pensent que je suis « au-dessus de ça » ou que je crois qu’elles ne sont pas correctes parce qu’elles ne sont pas comme moi. Parce que personne ne sait ce qui se cache derrière la minceur de quelqu’un : des problèmes de santé mentale, des troubles alimentaires, des maladies débilitantes et bien réelles...

Quatrièmement, parce que la minceur ne devrait juste plus être vue comme un idéal. Ce qu’elle insinuait par son commentaire, c’était que la minceur était plus importante qu’une maladie auto-immunitaire tout à fait sérieuse et grave! C’est tellement f**ked up que je ne sais même pas si je devrais rire ou pleurer. 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

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Un moyen facile de faire taire cette honte

Malheureusement, la minceur est encore beaucoup vue comme ça dans notre société – et il faut que ça change. Mon poids, le poids des femmes, peu importe lequel, ne devrait jamais être quelque chose qui se discute. Et ça devrait arrêter d’être un point de comparaison! Je comprends très bien qu’en général, ma minceur est un privilège et qu’elle est plus facile à vivre au quotidien que de faire les frais de la grossophobie ambiante… Alors loin de moi l’idée de dire que je fais pitié à cause de ça.

Tout ce que je cherche à dire, c’est que cette honte me semble commune à presque toutes les femmes quand on parle de leur poids ou de leur apparence. Et que cette honte est très toxique, d’une manière ou d’une autre. 

La minceur n’a pas à être priorisée ou valorisée. C’est une chose tout à fait aléatoire et arbitraire, qui ne pourra jamais être atteinte par une majorité de femmes.

Au lieu de parler du poids des femmes, je suggère donc fortement pour contrer la honte qu’on continue plutôt à montrer des images de toutes les formes et de tous les poids, pour continuer les efforts de normalisation de quelque chose d’aussi banal (dans le bon sens du terme) que le corps humain dans toutes ses variations possibles.

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

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Et pour finir, je veux juste dire que je n’en veux pas à cette fille. C’était un commentaire maladroit, qui m’a un peu sonnée, mais ce n’était pas méchant.

Et puis c’est tellement ancré en nous cette idée stupide que « la minceur devrait être le but à atteindre à tout prix » que ça dépasse les attitudes individuelles… C’est plutôt quelque chose comme un archétype sociétal. Et ça va probablement prendre encore quelques générations avant de s’en débarrasser.