Deuxième vague et santé mentale : c’est normal de te sentir découragée présentement

Ça fait maintenant 7 mois que nos vies tournent autour de la pandémie de COVID-19. Comment vous sentez-vous? Sept mois, c’est si long et en même temps, on est probablement seulement rendus à une fraction de toute cette situation… Ça devient tellement décourageant, et encore plus avec l'arrivée du temps froid, le retour au confinement (partiel à l'heure d'écrire ces lignes) ainsi que le retour à l’incertitude comme toile de fond de nos journées.

Étiez-vous, comme moi, beaucoup plus optimiste et « dans l’action » durant les premiers temps de cette crise? Et maintenant, vous ressentez une immense fatigue de tout ça et vous ne voyez pas le bout?

Bienvenue dans le club! Il semblerait que nous sommes vraiment nombreux dans cet état d'esprit. Récemment j’ai lu un article vraiment intéressant sur le phénomène de « pandemic fatigue », et je vous l’explique à mon tour ici de manière bien terre-à-terre.

Notre capacité de « surtension » est à plat

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Ce qui explique pourquoi nous avons beaucoup plus de mal à nous accrocher à quelque chose ces temps-ci est que notre capacité de fonctionner en « surtension » n’arrive plus à fournir. Ce fonctionnement particulier, appelé surge capacity en anglais, est un réflexe vieux comme le monde et très utile en temps de crise. Pour survivre lors d’une catastrophe, nos sens doivent être aiguisés, notre niveau d’énergie doit rester élevé et tous nos réflexes doivent être justes malgré le stress important. 

Au début de la pandémie, énormément de choses se sont passées très rapidement : la vie s’est réorganisée à la maison, on a navigué pour faire face à certaines pénuries ou difficultés de se procurer ce dont on avait besoin, on s’est ajusté à mille et une nouvelles réalités… On a même vu des initiatives hors de l’ordinaire et très positives, comme des gens qui sont allés d’eux-mêmes donner un coup de main au système de santé, ou bien des entreprises qui ont changé leur production du jour au lendemain pour fabriquer ce qui manquait collectivement (masques, gel désinfectant, équipements de protection, outils pour les tests, etc.). 

Tout ceci s’explique par notre capacité de fonctionner en surtension. Alors qu’on vit une période difficile, nous avons en tant qu'être humain cette habileté à non seulement survivre, mais parfois même à se dépasser. La capacité de surtension consisterait en un ensemble de systèmes adaptatifs, mentaux comme physiques, qui se mettent automatiquement en place dans certaines situations, comme des désastres naturels par exemple.

Mais voici le hic : cet automatisme est fait pour fonctionner à court terme. Les effets les plus aïgus d’un tremblement de terre, par exemple, ne durent que quelques jours à peine. Aucun être humain n’est capable de fonctionner là-dessus à long terme. 

Et voilà où on se retrouve présentement. Selon la psychologue Ann Masten, « la pandémie a démontré à la fois tout ce qu’on peut faire sous l’effet de notre fonctionnement en surtension, mais aussi les limites de la capacité de surtension. Quand cette capacité tombe à plat, elle doit être renouvelée ou rechargée. Mais qu’arrive-t-il lorsque ce n’est pas possible de la renouveler parce que la phase d’urgence s’étire et devient chronique? »

La capacité de surtension n’est pas la même pour tous

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Personne n’a la même capacité de surtension : certaines personnes vont la « décharger » beaucoup plus vite que d’autres, et certaines personnes, pour X raisons, l’avaient déjà presque épuisée au début de la pandémie. C’est pourquoi on a vu tellement de disparité dans les réactions des derniers mois, avec des gens qui sombraient dans l’anxiété et la paralysie mentale, tandis que d’autres se lançaient dans des projets qui épuisaient leur entourage juste à y penser. Tout ça est parfaitement normal. 

Saviez-vous que les astronautes ayant été pour la première fois sur la Lune avaient été choisis pour une seule et unique raison? Ce n’était pas parce qu’ils étaient incroyablement meilleurs ou plus intelligents que leurs collègues, mais bien parce qu’ils étaient capables de rester complètement calmes et focusés dans l’action en situation de crise. Ainsi, c’est un trait de personnalité comme un autre; on peut travailler à l'améliorer, mais à la base, on l’a ou on ne l’a pas. Pas besoin de se sentir mal parce qu’on n’arrive pas à suivre le rythme des autres (ou plutôt ce qu’ils laissent paraître sur les réseaux sociaux) en plein milieu d’une pandémie!

Et petit rappel : CE N’EST PAS UNE COMPÉTITION. Durant un désastre naturel d’ailleurs, il y a toujours deux types de gens : ceux qui au début sont sous le choc et incapables de bouger, puis ceux qui sont déjà en train de trouver des vivres et du matériel de survie. Les deux types ont leurs forces qui sont utiles : ceux qui sont initialement sous le choc, une fois remis, pourront prendre la relève de ceux qui se sont activés au début. Il ne faut pas oublier ça. 

Et on fait quoi maintenant?

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Comment va-t-on réussir à survivre mentalement face à tout ceci? Il n’existe malheureusement pas de manuel d'instructions pour ça. À tous celles et ceux qui vont moyennement bien et se blâment en se disant « qu’à ce point-ci, ils devraient être rendus habitués », la Dre Masten répond : « Mais qu'est-ce qui vous pousse à croire que vous devriez être habitués à ça? Il s’agit vraiment d’une situation qui se produit une seule fois dans une vie. Nos attentes ne sont pas réalistes si on pense qu’on peut continuer à fonctionner très bien à long terme là-dedans… »

Voici quelques pistes de solution provenant du Dr. Michael Maddaus, un éminent médecin devenu dépendant aux narcotiques après avoir subi des chirurgies. Maintenant sobre, il donne des conférences sur la motivation, qui traitent beaucoup du concept de « compte de banque de résilience ». Selon lui, la résilience, ou la capacité de se relever face à l’adversité, fonctionne par « dépôts » et par « retraits » dans nos actions quotidiennes, ainsi que notre manière de penser et nos valeurs. Et en règle générale, c’est important d’essayer de rester dans le positif. 

1. Admettre que la vie a changé

Et que la normalité telle qu’on la définissait avant ne reviendra peut-être plus.

2. Ajuster ses attentes face à soi-même

En gros, en ce moment, la bonne chose à faire est de ne pas s’en mettre trop sur les épaules. Et de réaliser que c’est correct si on est moins capable qu’avant d’accomplir des choses, ou d’avoir plus besoin de pauses et de ressourcement.

3. Reconnaître les différents stades du deuil

Il y en a plusieurs : le déni, la colère, la dépression et l’acceptation. Souvent, ils ne surviennent pas de manière linéaire et ce n’est pas tout le monde qui les vivra tous.

4. Mettre l’accent sur les relations fondamentales

Comme celles avec notre famille, nos amis proches ou notre amoureux(se). En gros, on revient à l’essentiel et on est doux envers soi-même.