C’est le temps de tirer des leçons de la manière dont on a traité Britney Spears

À moins de vivre en dessous d’une roche, vous avez sûrement entendu parler dans les derniers jours du documentaire Framing Britney Spears, qui est malheureusement seulement disponible aux États-Unis. En marge du mouvement #FreeBritney, amené par ses fans, ce documentaire s’attarde à la mise en tutelle de la chanteuse en 2008 – qui tient toujours aujourd’hui.

 

Britney n’est pas maître de ses propres décisions

 

C’est quoi une mise en tutelle? C’est un procédé légal qui enlève à une personne majeure les droits de prendre des décisions sur elle-même, par exemple des décisions financières (mais pas uniquement). Ce procédé plutôt rare survient lorsque des proches considèrent qu’une personne n’est plus capable d’être autonome, à cause de certaines atteintes à sa santé physique ou mentale. Dans ce cas, c’est un tuteur nommé par la Cour – pour Britney, son père -, qui prend toutes les décisions et gère l’argent. 

Britney a été mise en tutelle il y a 13 ans, alors qu’elle avait tout juste la mi-vingtaine, suite à une crise personnelle très publique et très médiatisée. En gros, elle a craqué. Elle a eu, comme bien des gens - comme moi -, des problèmes de santé mentale.

En y repensant, je suis extrêmement troublée de la manière dont je voyais cette situation à l’époque (que c’était en gros « une folle qui se donnait en spectacle »). Avais-je tort? Oui. Mais, ce point de vue n’était pas si surprenant malheureusement, étant donné que c’était exactement comme ça que les médias la présentaient.

C’est le temps de revisiter ce réflexe collectif qu’on a eu (on incluant la personne qui parle) de la condamner d’emblée, avec autant de violence et de misogynie.

En repensant à cette histoire, ce que je vois maintenant est beaucoup plus tragique. C’est-à-dire, une personne en crise, qui a besoin d'aide. Qui vivait un moment difficile dans sa vie personnelle, en étant littéralement pourchassée par les paparazzis, et qui malgré ses millions et son succès ne semble juste pas avoir trouvé personne vers qui se tourner pour recevoir du soutien.

 

Un parallèle troublant

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

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C’est drôle, car juste avant que le documentaire et l’histoire de Britney sorte, je me faisais exactement la même réflexion à propos de Jessica Simpson, autre icône des années 90, qui a fait ses débuts en même temps et dans le même milieu que Britney. L’histoire de Jessica m’est revenue à cause d’un podcast que j’aime beaucoup, qui s’appelle You’re Wrong About. Ce podcast (en anglais) extrêmement intéressant revisite des situations où, en rétrospective, l’opinion publique n’avait pas raison. Et devinez quoi? Jessica Simpson est finalement loin d’être la bimbo que tout le monde croyait à l’époque.

Le truc, c’est que les deux filles ont un parcours très similaire, qui témoigne d’à quel point le milieu du showbiz est toxique et destructeur, mais aussi du fait qu’il l’est 1000 fois plus avec les femmes que les hommes.

On va se le dire : Britney et Jessica ont toutes les deux été jetées dans la gueule du loup alors qu’elles étaient encore des enfants, par leurs parents et d’autres adultes qui les ont exploités pour leur profit. Ces personnes les ont fait taire pour se conformer à une image manufacturée (et totalement contradictoire), à la fois sexy et « virginale ». Elles ont contribué à leur donner une réputation assez négative face au public et surtout, surtout, les ont complètement laissées tomber lorsqu’elles ont vécu des passes difficiles.

Ce n’est pas du tout surprenant que Britney (et Jessica plus tard dans sa vie) ait craqué sous la pression : pratiquement tout le monde aurait mal réagi à être ainsi exposé à ce succès, à l’industrie insatiable des potins et à la controverse à un si jeune âge, sans coaching et sans réseau de soutien très solide autour d’elle.

 

La voir comme une maman

 

Je trouve que l'histoire de Britney brise particulièrement le cœur quand j’y repense : je la vois maintenant comme une jeune maman, qui a eu deux enfants en un an (!) au début de la vingtaine. Une situation que n’importe qui aurait probablement trouvé très difficile à vivre en privé : les hormones, la dépression post-partum, la fatigue extrême… Et au milieu de tout ça, elle a vécu la déconstruction rapide de son union avec le père de ses enfants. Je n’ose même pas imaginer ce que ça a dû être de vivre ça en public, avec ses moindres faits et gestes scrutés, rapportés partout et ridiculisés.

Si une de mes amies avait vécu ça, j’aurais tout fait pour lui venir en aide. La prendre dans mes bras, l’aider avec les enfants, lui dire que tout va être correct, lui permettre de se reposer, lui trouver une thérapie, m’assurer qu’elle prend soin d’elle au lieu d’avoir des réflexes destructeurs, parce que sa tête ne va pas bien du tout.

Au lieu de ça, tout ce qu’on a fait c’est de la condamner d’emblée, et de la regarder spinner avec une espèce de satisfaction perverse, de la même manière qu’on n’est pas capable d’arrêter de regarder un accident de voiture sur l’autoroute quand on en croise un.

Et les personnes autour d’elles lui ont retiré la garde de ses enfants (ses bébés!), puis enlevé son autonomie sur elle-même. (Même encore aujourd'hui, alors que Britney a répété à maintes reprises qu’elle voulait que son père se retire de ses affaires).

Ça fait dur.

 

Reconstruire nos réflexes

 

C’est fou et ça fait mal de constater comment même en tant que fille, c’est facile de tomber dans le piège de la misogynie toxique ambiante… Et d’automatiquement condamner/juger/rire de d’autres filles vulnérables, au lieu de les soutenir.

On est capables de mieux que ça.

On est capables de prendre du recul et d’éviter de juger de manière aussi rapide et sans appel.

On est capables de voir au travers de tout ce système si toxique pour les femmes, qui ne leur donne aucune porte de sortie.

On est capable de débarquer de ces réflexes terribles qui nous font oublier jusqu’à notre propre humanité, en niant celles des autres.

On est capables de briser le cycle.